•  

    Si vous saviez mon ami

    depuis quand je me ravis

    de ce beau coin de verdure

    où ce qui n'est rien perdure.

     

    C'est au lever du soleil

    que l'horizon fait merveille

    quand la rosée sur le gui

    dénoue les fils de la nuit.

     

    Sous les arbres centenaires

    où s'éveillent primevères

    s'exhale la solitude

    en une douce quiétude.

     

    Des oiseaux multicolores

    aux tapisseries de fleurs

    la nature de ses merveilles

    s'ouvre aux rayons du soleil.

     

    Quelquefois un promeneur

    musarde sur les hauteurs

    le printemps est beau ici

    on oublie tous ses soucis.

     

    On m'offre parfois des fleurs

    autant de petits bonheurs,

    sur ma pierre il est écrit:

    "ci-gît poète fini."

     

    Si vous saviez mon ami

    depuis quand je me ravis

    de ce beau coin de verdure

    où ce qui n'est rien perdure.


  •  

    Je ne suis que le vent

    soufflant sur les serments

    des amoureux d'antan

    quand j'étais un vivant.

     

    Je murmure au soleil

    tous ces mots de merveille

    que l'on glisse à l'oreille

    des passions qui s'éveillent.

     

    A caresser les belles

    sur leur peau aquarelle

    d'une bise d'airelle

    je frissonne sur elles.

     

    Sur leurs lèvres d'amour

    je vole sans détour

    de leurs plus beaux atours

    les baisers de velours.

     

    Les jupettes de lin

    je soulève mutin

    pour effleurer, coquin

    les dessous de satin.

     

    D'être un peu leur amant

    à rêver je me prends,

    mais ne suis que le vent,

    avant j'étais vivant.


  •  

    Quelques touches de piano

    pour me rappeler la vie

    que j'ai portée si haut,

    dévorée avec envie.

     

    Je revois les murs de terre

    où l'on dormait entre rats

    le plafond de ses gouttières

    se répandait sur les draps.

     

    Et cette cour des miracles

    où l'on se réunissait

    sur la place du pentacle

    aux adultes on jouait. 

     

    Et puis la petite rue

    témoin de nos échappées

    on allait souvent pieds-nus

    barboter dans le fossé.

     

    C'était l'âge où l'on croyait

    que le monde était à nous

    que princes il nous ferait

    on était comme chiens fous.

     

    Mais la mort a décidé

    de briser la vénerie

    avant l'heure elle a fauché

    lâchement plusieurs amis.

     

    Ce fut la fin des ados

    le début d'une existence

    jalonnée de joies et maux

    de peines en espérances.

     

    D'autres meutes ont suivi

    plus nombreuses plus aimées

    me comblant de cette vie

    qui m'a lentement usé.

     

    Voilà, le temps est passé

    rapide tel un brûlot

    mon parcours j'ai achevé

    je referme le piano.


  •  

    Il avance en solitaire

    sur tous les chemins de terre

    chargés des ciels de chimères

    des vieux guerriers éphémères.

     

    Son armure il a perdu

    aux amours qui l'ont vaincu

    de son épée qu'il n'a plus

    de ses combats à mains nues.

     

    De la tunique en lambeaux

    s'échappent les idéaux

    qui ont bousculé trop haut

    les cavaliers sans drapeau.

     

    Sur sa peau parcheminée

    aux rides des épopées

    c'est toute son odyssée

    qui se raconte, blasée.

     

    Il porte sur le visage

    les sillons de son courage

    et sur le cœur en naufrage

    l'oraison de ses mirages.

     

    Dans la vallée des errances

    il traîne la délivrance

    de ses frères en partance

    vers un monde sans souffrances.

     

    Il s'enfonce à découvert

    au plus profond du désert

    sous les cieux crépusculaires

    des vieux révolutionnaires.





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